Lundi 19 octobre 2026, 07h04, dans le T.G.V
En 2012, année du grand passage dans le calendrier Maya, être dans un TGV à 500 km, m’a subitement paru une folie. Je voulais arrêter le train, arrêter le temps, qu’il soit possible d’appuyer sur « Pause » dans ce flux incessant qui m’est apparu soudainement comme très flippant. J’avais 22 ans, j’étais en recherche en danse au Centre Chorégraphique de Montpellier dirigé par Mathilde Monnier à l’époque, et j’ai cherché à partir de ce point de fragilité à trouver dans la danse un chemin vers plus de sérénité et de confiance. Dans le cercle et le mouvement répétitif, j’ai peu à peu appris à m’abandonner au mouvement de la vie. Ce matin, je suis dans le TGV pour Paris. Tournoyer, c’est peut-être pour moi, incarner la beauté de la simplicité d’un paysage qui défile. Incarner l’infinité des variations du ciel. Devenir le personnage du Temps. Avoir ce pouvoir de ralentir, d’accélérer, de s’immobiliser alors que tout continue encore à tourner au dedans et au dehors. En ce moment je suis à Paris pour prendre un bain de chiffres. Apprendre à passer d’un désir à un projet qui s’incarne dans la matière du monde. Apprendre des poèmes par cœur et les réciter devant toute la classe a toujours été plus simple pour moi que faire une multiplication à deux chiffres ou le calcul d’un pourcentage. Nonobstant, si je souhaite porter mes poèmes sur la scène artistique de ce monde de façon viable, il me faut mettre les mains dans le cambouis des pourcentages des budgets. Ce week-end, je suis rentrée à mon port d’attache, Lyon Croix Rousse, pour donner mon atelier mensuel de Danse du Tournoiement et Poésie. Les intentions de mes élèves m’ont ramenés à mon fil rouge ! Entre autres : « ouvrir un espace de réceptivité et de présence à ce qui est », « transformer la colère, la fatigue », « caresser son impuissance », ou bien encore « tournoyer pour tournoyer » car ce geste est infiniment gratuit … Je reviens pleine d’espoir et d’envie pour me confronter au réel. Nous sommes en 2026. Aujourd’hui je suis bien dans le TGV. J’arrive Place des Fêtes, là où le cœur bat.
Sacha S.
